Claire à bulles

Remember, remember... le 6 mai 2007


Parce que jusqu’à la dernière minute, il fallait y croire, parce que je m’obstinais à penser que la France n’avait pas ce visage, parce que l’Histoire me semblait avoir donné des leçons assez claires, parce que j’avais peur… J’ai encore crû hier soir jusqu’à vingt heures. À un miracle, semble-t-il. Comme un mauvais rêve, ces images et ces sensations qui passent à travers mon corps depuis quinze jours, nuit et jour, ne s’arrêteront pas de sitôt.
La tension est à son comble, le pays va se déchirer. Parce que pour mieux régner, Sarkozy-le-Petit a choisi la stigmatisation, la politique du rejet de la faute, du non questionnement, du musellement des médias. De la peur. De la honte. Du risque.
Mon corps est ici, ma tête est en France. Je suis heureuse d’être à Madrid, je me sens libre. Mais j’ai terriblement peur pour cette France qui voulait autre chose. Une égalité, un respect, une fraternité, une société digne pour tout le monde.
Heureusement, les événements ont encouragé le partage, en particulier sur la toile, permettant des élans d’amitié vraiment enrichissants et émouvants. Je retiendrai cela. Cette force que j’ai eu la chance de ressentir durant quinze jours. Un peu de chaleur, de l’envie, des émotions.
En somme, rien à voir avec ce dont au fond, nous sommes tous responsables.
  

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C'est quoi cette France?

Cette semaine a été politique. Sans nul doute. D'une force et d'une productivité curieusement abondantes. Cela annoncerait-il un renouveau quelconque? Je sens la peur, je sens la passion, je sens la crispation.   
Je prends cet élan comme une avancée positive. Mais je ne peux m'empêcher de craindre les prolongations d'une privation des libertés de plus en plus présente. 
D'abord, l'épisode de l'Ambassade de France à Madrid du dimanche 22 avril : à quinze heures, une queue d'au moins 500 mètres, des gens qui attendaient là depuis plus de deux heures, une organisation absolument grotesque. Quatre bureaux de vote pour plus de 25000 personnes votantes. Le Consulat est ouvert de 8h à 18h.... Un simple calcul : pour que tout le monde puisse voter, il faudra faire passer plus de 6250 personnes par bureau de vote, et par conséquent 625 personnes par heure, soit plus de dix personnes par minute!! Pour les chiffres exacts : à Madrid, 25069 personnes sont inscrites sur les listes électorales pour le scrutin présidentiel. Cela va de soi.... Beaucoup de gens sont restés à la porte du Consulat sans pouvoir exercer leur droit fondamental de vote, après plusieurs heures de queue. Je vois désormais que les chiffres sont absolument significatifs puisque les résultats montrent que le Consulat de Madrid n'a enregistré que 8042 bulletins de vote au premier tour. Incroyable mais vrai. Le nombre de bureaux de vote pour le second tour est passé de quatre à six, dans la mesure où la moitié des votants français n'ont pas pu voter au premier tour. Pour antant, la bousculade aux portes du Consulat est déjà au programme du 6 mai.
Ces calculs complexes prennent toute leur valeur si l'on prend également en compte plusieurs événements qui ont suivi celui-ci. Le soir du premier tour, la totalité des sites Internet belges ou suisses susceptibles de donner quelque indice sur les résultats sont subitement inaccessibles, introuvables ou ont tout bonnement disparu de la toile. Bizarrement, à 20h, le serveur Internet ne rencontre plus aucune difficulté pour établir une connexion... 
En outre, hier, je souhaitais regarder le débat entre François Bayrou et Ségolène Royal, en tant que française avide d'informations sur la politique de mon pays. Comme plusieurs fois par semaine, je tente de me connecter à des sites d'informations français, Europe 1, Le Monde, Libération, France 24, Le Nouvel Observateur, L'Express, France 2, France 3, I télé, Bfm TV et RMC Infos. Curieusement, seuls les deux derniers (diffuseurs officiels du débat) sont inaccessibles à partir de 10h45. Dès la fin du débat, tout redevient normal. L'accès est de nouveau possible.
Quoi qu'il en soit, la censure est présente, et je commence tout juste à la toucher du doigt. Simplement, je me dis que ce qui nous attend d'ici peu pourrait s'avérer bien pire. Désormais, le pouvoir se trouve dans les médias. Sans information, le citoyen n'est plus en possession de tous ses moyens.
Quelle est donc cette France? Dictatoriale,privatrice des libertés fondamentales? Perfide, fausse, avide de pouvoir et d'argent?
Certainement pas la mienne, ni celle de ceux que j'aime.

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Pourquoi nous sommes des femmes libres

Tout a une explication...

Evax y Sego, ¡te sentiras limpia, te sentiras bien!
Fina y segura...

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Les urnes de la colère

Il y a des jours comme aujourd’hui où l’on se réveille différent sans que l’on ait fondamentalement subi de changement. Les lendemains d’élections ressemblent à ces jours au cours desquels on regarde autour de soi en tentant de trouver des explications, des raisons valables ou des arguments rassurants. Mais sans toutefois comprendre ni prendre réellement la mesure des événements. Les conséquences de ce que nous vivons peuvent s’avérer plus profondes que ce que nous imaginons.
Comme un goût amer et un brin d’espoir. Mais quel espoir ? Le changement s’imposera, quelle que soit l’issue du scrutin, mais il semble déjà acquis que les aspirations citoyennes, d’égalité, de liberté, de pensée, d’emploi, ne rencontreront que des réponses vides ou, pire, remplies de haine. Le choix est simple. Mais je préfère une bulle vide à des mesures sécuritaires, sectaires et libérales à l’excès.
À mon âge, je n’ai pourtant pas le droit d’être désabusée ni fatiguée. Malgré l’effrayante marche des tanks qui tirent chaque jour un peu plus notre pays vers la droite, il faut poursuivre la réflexion, et croire encore à la force d’un peuple qui semble pourtant aveugle. Ou perverti. Mon expérience électorale n’en est qu’à son enfance, et je n’ai vécu que des désillusions. Des revers noirs, bruns, bleus. Chaque vote est un éternel recommencement, rebâtir des rêves pour mieux tomber. Mais plus la chute est brutale, plus l’envie de reconstruction est forte. Pourvu que l’on s’écrase, et que l’on s’enfonce encore plus au fond.
Hier soir, lorsque j’ai entendu ce discours populiste à outrance, utilisant la tolérance à tout va, la détresse, les demandes d’aide du peuple souffrant, c’est mon sentiment le plus primaire qui a pris corps, celui qui mélange peur et haine, incompréhension et colère. Tout, depuis des années, est paralysé. Cette politique en fonctionnement est celle de l’exclusion, de la stigmatisation, de l’utilisation des idéologies les plus extrêmes au service d’un pouvoir chaque jour plus puissant, plus oppressant. Que deviendra cet État ? Qu’en sera-t-il de ses services sociaux, de ses droits, de ses gens issus de tous les horizons ? Muselée, quadrillée, apeurée, la France subira certainement un retour en arrière cinglant, dictatorial, digne d’un régime propagandiste du siècle dernier. Car la dynamique est déjà en route, et il sera difficile de l’arrêter.
Difficile, mais pas impossible.

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